Archive for septembre, 2010

septembre 5, 2010

à quoi sert un colocataire?

Il y deux écoles. D’un côté ceux qui la questionne d’un air envieux, de l’autre ces autres qui me questionne alors d’un air septique. « C’est sûre que quand ça se passe bien, c’est bien. Mais quand ça se passe mal… » De quoi? La colocation.

Chez nous « ça » ne se passe pas. « ça », se vit. Et puis, « ça » n’est jamais pareille. ça dépend….

ça dépend du temps: un temps qui donne focément envie d’un barbuc ou un temps pluvieux et Master chef la sélection des 20derniers qui passe à la télé.
ça dépend de l’heure: de 5 à 10h la cafetière peut tourner par quatre fois sans que personne n’arrive à se croiser. Parfois à 21h, Ricard vient dîner, alors là, on est 4 pour trinquer.
ça dépend de la saison: un été sportif avec un coloc autour du tour et un autre autour du monde et de sa coupe offre une division à 3 et plus souvent à deux. Mais l’hiver d’une crémaillère de changement de colocataires nous a permis à nous 4 de savoir à qui on avait à faire.
ça dépend des humeurs de chacun, pleines de connerie, de colère, de tracas divers, qui teintent inévitablement l’atmosphère. Clairement, on se moque, on charrie, on rit, on picole, on grogne. Et plus discrètement parfois on se surprend à soutenir, écouter, se faire encourager, se faire conseiller par toi qui me voit parfois au lever…

Alors un colocataire, du coup, et surtout multiplié par 3, c’est l’équivalent d’un homme à tout faire. Je suis une princesse…… jusqu’au prochain épisode où je vous dirai comment ça peut SURTOUT être relou un colocataire!

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septembre 2, 2010

Partir ou Rester.


Je suis prête à l’envoyer. Y ajouter un ligne, encore une. Limite on peut lire déjà une. Déjà une autre. C’est tellement facile, évident, ici où ma fonction permet un emploi. Les infirmières ne connaissent pas le chômage. C’est génial. Bah non.
Non parce que rien n’oblige ma fidélité. Pourquoi s’obliger à la dureté. Difficulté de la tâche, du milieu qui s’y confère, de la hiérarchie, de la pression au nom de la norme, de la technicité. Et ces responsabilité qu’on nous assignent et qui nous obligent à toujours plus de précisions. Comme partout. Bah ouais, quelque soit la couleur du vélo, pédales. Chaque taf son lots d’emmerdes et de merde. Bah ouais.

Bah ouais mais non. Je suis d’accord pour tout ça: un niveau d’étude, un niveau d’exigence, t’as signé, c’est pour en chier, t’es payer, et tu peux te la fermer. Ok. Mais là, quand dans mon boulot, parmis tout ça et même au centre de tout ça, il y a les gens, juste des gens, je réclame un peu d’indulgence.

Un gens, un patient, juste l’autre et son humanité de peau de chagrin qui attend de moi un peu de la mienne d’humanité pour l’aider à peut-être un jour se relever. Cet autre qui la réclame dans la douleur et la colère pour ceux à qui la fatalité à laissé encore un peu d’espoir. Infirmière en trait d’union entre la puanteur de leur cancer et ces médecins qui leur apporteront une évangélique guérison, ou entre cet hôpital, grosse machine, aux articulations énigmatiques dont les méandres sont autant de frustrations et de mauvais pronostics. Porter, supporter, laver, écouter, aider à mourrir, soulager, consoler, rassurer, sécher ces larmes, traduire ces angoisses et relativiser ces cauchemards. On aurai dit ma mère, elle a même pas mon âge, il pue celui-là, et toi, tu parles anglais? il veut faire caca, il n’a pas faim, la 108 a vomit, je suis désolé Madame, je vous écoute,1mg/ml de morphine, ne vous inquiétez pas, ce qui compte ce n’est ni l’issue ni la date mais bel et bien les conditions dans lesquels vous vous y rendrez.

Eux. Moi et eux en l’occurrence. Laisser ses sentiments aux vestiaires et sortir ses tripes sur la table. Technique, efficace, relationnel, impeccable. Ce sont vos mots pour me faire rester alors que vous vous êtes échinée à me demander de rentrer dans vos cases bureaucratiques. Au point de me faire chier, de me faire chialer alors même que celui de la 211 a réussi a entrer dans mon casier pour effleurer ma corde sensible avant de s’envoler. Il ressemblait à mon frère. Il avait 32ans. Et vous m’avez fait chier pour une pharmacie mal commandée, un tensiomètre mal rangé, et vos hormones ménauposées. Alors pourquoi rester. Une formidable envie de se casser quand d’un côté on nous fait chier et que de l’autre ça nous fait vraiment chier.

C’est pour toutes les infirmières partout pareils, non? Bah ouais.
Bah ouais, mais non. Un jour je partirais.
Mais pas demain. Pas tout de suite.
Parce que vous m’avez demandé de rester. Parce qu’on m’a dit merci aussi.
Parce que je suis infirmière.

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