Archive for mai, 2011

mai 20, 2011

Dame Pipi

Un métier d’avenir.

Dans un secteur sans cesse en activité, vous entrerez dans l’intimité de vos clients. Rémunéré à la fréquentation, vous jouirez d’un poste clé dans la société tant vos services sont nécessaires et incontournables. En effet, vos usagères au zizi coquillage ne peuvent pas, actuellement, se soulager au moindre coin de sapin. Nous surveillions se très près les inventeurs de tuiles qui pourraient faire de l’ombre à votre activité si ces dernières s’en servent de rigole pour favoriser leurs conforts nomades. Adressez lettre+CV+photo à notre service RH, votre candidature sera attentivement étudiée.

J’ai lu l’annonce, réfléchie, relu l’annonce, et j’ai décidé d’aller à la rencontre des professionnelles de l’urinoir pour me projeter dans mon futur poste. Un poste clé qu’ils disent, ça, ça me parle. J’enquête.

Yvette, 54ans, dame pipi à Montparnasse. La gare Montparnasse, une fréquentation du tonnerre, l’affluence les week-end de vacances. Des usagers de tout âge, option bagages qu’il faut garder le temps de l’affaire. C’est le petit service en plus. 50 centimes la commission sans qualificatif de petite ou grosse. Tarif unique. Portillon à l’entrée pour ne pas se faire gruger. Comme dans le métro. Horaire élastique, pause déjeuner sur site sans abandon de poste. A l’usage, je remarque qu’il n’y a plus de savon dans le distributeur-poussoir prévu à cet effet. Il est 15h, Yvette fait le plein à 22h, en débauchant. Maline, Yvette le coupe avec de l’eau, c’est plus économique. La brosse, elle l’a passe aussi à 22h, comme ça le matin, quand elle embauche, tout est clean. Entre les deux, c’est Fukushima, mais elle s’en fout. Pisse peu, sent rien, c’est son secret. Je passe mon chemin.

Anonyme, plus de 70ans, assise au pied des chiottes public en préfa d’un trottoir de la ville de Paris. Ni propriétaire, ni locataire des lieux, elle s’est appropriée la cabane de la place Gambetta, enfin, juste l’entrée. C’est là qu’elle se pose pour faire la manche en réalité. Elle compte sur la honte du pet foireux des usagers qui, en sortant, s’excuse par une pièce déposée. Intermittente des cabinets, ne se charge pas de la propreté, mais à l’occasion, elle garde l’entrée. Possiblement sans papiers, elle effectue ici un travail non déclaré mais qui réussi à la faire manger si on en croit la proéminence de son fessier sur lequel elle est posée. Trop exposée, là encore je décide de ne pas postuler.

Dr A., 50ans, spécialiste des troubles urinaires. Réalise des bilans urodynamiques pour déterminer si vous pissez quand vous toussez à cause de vos sphincters fatigués, ou abîmés par des accouchements fréquents, traumatiques et/ou mutilant. Détresse de l’intimité quand on rentre dans son cabinet. Elle remplit la vessie et mesure la qualité du jet, via l’informatique, quand vous portez, poussez, toussez, riez. Un grand moment de solitude qu’elle accompagne de son caractère sadique et de remarques bien senties. Sa toute puissance médicale, doublée d’un jargon incompréhensible pour celles qui pissent au lit, renforce leur sentiment d’humiliation durant la consultation. Un brin autoritaire, je risquerais de virer dictateur si on me laissait faire. J’abandonne.

Du côté pipi, je jette l’éponge (et essuie la dernière goutte). J’étudie le côté caca et je vous donne des nouvelles. En attendant, n’hésitez pas à faire passer mon CV, j’étudie toute les propositions.

mai 8, 2011

On ne vole pas.

Je connais un vélo qui a perdu son maître.
Attaché, mais certainement pas assez harnaché, ils ont décidé de le piquer. Anti-vol scié, vol autorisé. Là où le tiers de Paris buvait l’apéro, personne n’a rien vu. Classique. Quotidien. Récemment, un sac s’est ainsi volatilisé. Tellement banal qu’un haussement d’épaule règle l’affaire. On ne peut rien y faire.

Recèle matériel et le dépourvu devra travailler plus, gagner plus, pour remplacer. Puni pour un crime qu’il n’a pas commit. Rageant, un peu humiliant, tellement le voleur nous rend faible et impuissant. Et là, je ne parle que du niveau zéro.

Voler c’est privé de liberté.

Autour de nous, certains se sont fait voler leurs vies. Révoltant.
Séquestré, il vit sans vivre sa vie. Seule, elle vit sans vivre avec lui. Les ravisseurs se sont appropriés sa vie, celle de tous ceux qu’il aime, sans considérer un seul instant son individualité. Il était au mauvais endroit au mauvais moment. Comme le plus commun des vélos, ils l’ont volé pour s’offrir quelque chose qui nous échappe. Ils l’ont pris comme un argument.

Un homme, un vélo, un sac. Ça commence par où, ça finit par qui?

Notre liberté finit là où débute celle des autres me dit-on.

Par amour pour ton prochain et pour toi-même, par un si grand amour et autant de respect, rends à celui à qui tu as pris.
Au nom de la liberté.
Amen. InchAllah.

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